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Sur l'anorexie...
 
L’anorexie, trauma du passé ou peur du futur…
 


Qui sont les anorexiques ?

            

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  Les personnes que l’on rencontre en psychothérapie, venant pour traiter leur anorexie, sont souvent des femmes. Les hommes aussi rencontrent les mêmes problèmes, mais ils l’expriment autrement, souvent sous couvert de problèmes d’obésité ! -En réalité ce que je décris là concerne autant les hommes, et si vous avez un doute renseignez vous au plus vite, car les conséquences sont tout aussi pernicieuses chez les hommes, surtout qu’ils sont dans la confusion et ne s’en rendent pas compte !-  
Les femmes et jeunes-filles qui viennent se faire aider, sont souvent de belles jeunes femmes sensibles, hyperactives, et très mentales. Elles ont souvent développé des TICS et TOCS, des obsessions et des manies, il y a plein de choses qu’elles ne supportent plus ou qui leur font peur.
Elles ont souvent eu une grosse déception amoureuse, se sont senties trahies ou abandonnées. Elles ont du mal à tourner la page. 
D’autres ont connu de graves traumatismes, traînent des deuils impossibles, comme la perte d’un enfant. Souvent ces traumas ou accumulation de micro traumas touchent à la sphère de l’intime, mettent en péril leur féminité et leur image d’elles-mêmes.   

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Si vous êtes concerné(é), vous devez probablement lutter au quotidien pour paraître normal(e) Votre IMC (indice de masse corporelle) a du chuter et votre corps devient de plus en plus transparent. Pour les femmes, vous avez perdu vos règles ou elles sont très irrégulières. Vous êtes aussi nombreux(ses) à faire du sport de manière excessive. Tous les moyens sont bons pour ne pas prendre 100 grammes et gérer ses tensions internes. Vous cherchez sans cesse à évacuer ce que vous ne pouvez digérer. Vous développez un contrôle important sur chaque aspect de votre vie. Vous êtes épuisé(e) à vous cacher ou à mentir, les réunions de famille sont redoutées comme la peste. Bref votre vie est devenue un enfer et le pire c’est que vous commencez à vous y habituer !
Vous perdez pieds et ne savez plus ce qui a du sens. Vous vous sentez piégé(e). Personne ne pourra vous comprendre et vous sortir de là ! C’est ce que vous croyez, d’autant que la société valorise mannequins et sportifs qui sont très attentifs à leur corps, certaines personnes vous diront même qu’elles vous envient d’être si mince. Certains hommes vous trouveront même sexy ! La chirurgie esthétique prône une certaine perfection physique, une symétrie et une silhouette que beaucoup trouvent idéale ! C’est donc la confusion, une grande dépendance s’est installée envers les autres et pourtant vous aimez vous sentir indépendant(e) et le revendiquez. Vous avez l’esprit libre et vous sentez original(e)(e) mais là vous vous marginalisez et perdez vos repères dans la réalité.  


Un jeu dangereux…

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Quand le poids commence à dégringoler et que vous ne contrôlez plus rien, il est déjà temps de faire quelque chose. Il est difficile de s’engager dans une thérapie et faire confiance aux autres, pourtant continuer dans cette voie addictive, avec des processus et des défenses qui s’amplifient, un corps qui ne répond plus, devient absurde ! La dynamique est très mortifère. L’équilibre psycho-somatique ressemble plus à un déséquilibre psycho-somatique ! On développe des dysmorphophobies, c'est-à-dire que l’on se voit déformé(e) on ne sait plus qui l’on est, on se voit différent(e). Toute la réalité se déforme. L’alimentation n’est plus un plaisir, elle prend toute la place. Souvent vous vous faites vomir pour ne pas rester avec ces nutriments qui sont devenus des poisons pour vous. Le poids devient une obsession, vous vous pesez plusieurs fois par jour, si ce n’est par heure chez certains(es) Vous ne comptez plus en kilos mais en grammes, redoutant une montée soudaine de votre poids qui vous prendrait par surprise. Une dame me disait qu’elle sentait qu’elle allait s’évanouir en montant sur la balance, tant elle redoutait le verdict ! Tant de rituels sont mis en place autour de ces aménagements qui cristallisent l’existence autour de noyaux de souffrance. 
L’anorexie est une conduite à risque, elle est fréquente dans certains milieux « mondains » et nocturnes, où il est courant de dépasser les limites et les frustrations par diverses compensations (drogues, sexe, alcool, jeux, rallyes nocturnes, etc)  Parfois c’est l’inverse, elle vient toucher de pleins fouets ceux qui ont une vie « rangée » mais qui rêvent de tout faire exploser !


Anorexie et boulimie, est-ce la même chose ?

Ces deux pathologies touchent au comportement alimentaire. L’anorexie sur un versant déficitaire, la boulimie, en apparence sur un versant « excédentaire ». Cependant les anorexiques ont facilement des crises de boulimie ou des pratiques boulimiques. Elles consistent à avaler tout et n’importe quoi, en grande quantité, pour calmer une angoisse. Ensuite les anorexiques se font vomir. Les boulimiques restent avec cette charge, ne cherchent pas à s’en débarrasser car c’est une protection contre le manque, une manière de prendre sa place, quand on ne se sent pas bien dans sa peau… 
Ces pratiques sont donc complémentaires et peuvent recouvrir des difficultés psychologiques plus ou moins identiques. Il faut aussi considérer qu’une fois que l’on a pris certains travers, et que l’on s’est calé dans une forme de sur-adaptation, ça devient une nouvelle réalité qui s’installe. Mais beaucoup de gens ont ces comportements, même transitoirement, sans tomber dans la dépendance. L’alimentation est perturbée dans de très nombreuses pathologies. C’est un problème de santé publique. Beaucoup de gens s’alimentent avec toute une dimension psychologique en arrière plan, de compensation vis-à-vis de leurs difficultés psycho-tropiques. D’ailleurs le moindre changement dans les habitudes de vie, ou le fait de résoudre une addiction comme le tabagisme, a un impact sur l’alimentation, plateforme où s’exhibent ou se cachent toutes les difficultés personnelles. 


De bonnes résolutions…

Le plus difficile est souvent de reconnaître que l’on a besoin d’aide. Comprendre qu’une aide peut venir de l’extérieur. Et petit à petit se défocaliser de l’ennemi alimentaire. Se battre non pas contre soi mais pour soi. L’anorexie est une maladie psychique. Un des ingrédients principaux est la culpabilité. Honte et phobie de l’humiliation suivent. Une rage tournée contre soi devient sabotage, on s’empêche de vivre. On ne se souvient même plus comment ça s’est construit dans nos têtes, c’est ce que l’on appelle l’effet « mémento ». C’est là dans le présent et ça bloque tout le système. 
Résoudre ce problème ressemble à une enquête criminelle. Il faut résoudre l’énigme ! Se résoudre à trouver le mal pour le dissoudre. On cherche dans le passé souvent. Et l’on oublie le futur, là où l’on n’ose plus s’imaginer, là où l’on a tant de mal à se projeter, car le labyrinthe du présent cache la sortie. En ce sens l’anorexie ressemble à la dépression, un cercle vicieux, des croyances les unes sur les autres qui s’empilent et cachent l’horizon, croyances sur le monde, sur les autres, sur soi-même… On s’épuise, on en meurt ! C’est pourquoi il faut réagir, s’enflammer et prendre quelques vraies décisions… 


L’anorexie se soigne t-elle vraiment ?


Les anorexiques ressentent souvent leur situation comme désespérée. Ils attendent une grâce pour s’en sortir. Très bien mais l’impulsion doit venir à un moment de soi, cette grâce on la trouve dans son cœur, dans son âme, dans l’invisible ! Jamais dans les recettes de cuisine, les conseils de surface, trop visibles et trop surfaits. C’est un processus, il faut l’accompagner dans le mouvement. Pour cela s’engager, et se tenir à ses engagements, aussi contraignants soient-il ! Pas de transformation sans engagement, et pas de guérison sans changement. Ce que nous cherchons à modifier en thérapie c’est l’avenir, qui dans l’anorexie ressemble trop au passé, à l’absence. Nous travaillons sur une page blanche, à créer un devenir autre que celui d’une branche morte ou d’un corps sans âme ! Il n’y a pas de fatalité, l’anorexie se soigne très bien, il y a un chemin pour s’en sortir, le plus dur est d’accepter de se faire guider sur cette voie le temps nécessaire. Tout l’enjeu est d’affronter la vie, s’autonomiser, accepter de lâcher un certain contrôle pour s’occuper de ses fragilités. Travailler ensuite l’estime de soi, se revaloriser en reconstruisant son image corporelle. Il faut de l’épaisseur et de la profondeur dans ce travail. Affronter aussi ceux qui nous maintiennent dans la maladie, familles, amis, « partenaires » ! Beaucoup de secrets tombent, de non dits, de mensonges…Sortir du déni ! La psychothérapie pour cela n’est pas une menace, c’est souvent la seule ressource face à tout cela !
Il est important de repérer les troubles au plus tôt pour en sortir plus vite et plus facilement. Les sujets souffrant d’anorexie mettent longtemps avant de se faire soigner, traînent et tournent autour du pot, se trouvent des raisons, ne prennent pas au sérieux la gravité de leurs symptômes. Ou bien ils se déconnectent et ne se rendent plus compte, ou ne donnent plus d’importance, même à leur propre vie ! Certains se déculpabilisent en allant suivre des traitements ou des régimes inutiles, sans vraiment s’occuper de leur problème psychologique. La distorsion s’amplifie alors, ils développent une personnalité anorexique. Là il y a urgence d’aller voir un psychologue qualifié pour sortir de ce type d’impasse. 


Article par Eric FAUCHER spécialiste des « troubles tropiques et troubles du comportement alimentaire-TCA » –protégé par droits d’auteur/mars 2012-

Psychologue clinicien, Psychothérapeute, N°ADELI 699319745
Responsable du Centre de la Santé Psychique. www.culturepsy.org
06 99 01 95 53
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Cabinets de psychothérapie:
-Rue Hugues Guérin, Lyon 8eme (Rhône)
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